Essai sur un futur pas si lointain
par Andros
Une crise type "LLBSV" (SHTF en anglais)
comporte deux phases très distinctes : la transition et l'après-crise.
Nous vivons dans un système très complexe, et donc
passablement fragile, qui permet de nourrir une vaste population. Nous étions
une quarantaine millions de français en 1940, alors qu’un tiers de la
population était encore ruralehttp://g3l1s1.centerblog.net/752015-La-demographie-en-France-1830-1940
Aujourd’hui 75% de la population française est urbaine,
et 5% de la population active est liée à la production de nourriture (qui est
industrielle).
Il existe une variété de scénarios pouvant détruire ou
modifier plus ou moins profondément ce système, dans un temps plus ou moins
court.
Les conditions de cette détérioration peuvent être
multiples, nous n’allons pas les discuter ici. Ce dont je veux parler ici est
le problème, d’ordre logique, mathématique même, de la transition.
Si le système qui produit la nourriture est affecté, fort
logiquement il y aura moins de nourriture produite. A terme, cela veut dire que
des gens vont mourir de faim, ou ne pourrons pas être nourris, ce qui revient
au même. Cet ajustement est donc une attrition (en anglais j’utilise un mot
plus parlant : die-off)
Quelle que soit la nature et l’instensité de la crise, il
y aura donc une période de « transition » mais au terme de la
transition, une période stable après-crise.
Tout le problème réside dans la phase d’ajustement, donc
d’attrition. Si la période post-crise ne peut nourrir que 40 millions de
personnes, et que nous sommes 60 millions avant la crise, nous sommes bien
d’accord que :
La phase de transition est la seule qui importe vraiment
au survivaliste. Il faut que lui et ses proches se retrouvent de l’autre côté
de la crise. Après cette crise, le monde « normal » recommence.
C’est une précision très importante, dans l’ordre de
priorité des préparatifs. Si l’on accumule panneaux solaires,kits de chirurgie
et autres objets « post-crise » sans avoir assez de nourriture pour
survivre la dite crise, ils serviront à quelqu’un d’autre. Fort logiquement.
Souvent le terme « SHTF » est en fait très flou
pour les survivalistes US qui les utilisent. Pour moi, SHTF c’est avant tout
cette phase de transition. C’est la phase critique.Cette phase de transition a une dynamique à soi, que
j’essaie d’explorer, et à laquelle j’essaie de trouver des parades.Tout d’abord, la question centrale de la phase de
transition est : combien de personnes pourront être nourries à l’issue de
la crise ?
De la réponse à cette question découle l’importance de la
purge, et donc l’intensité de la crise. Dans le worst-case scénario, un échange
nucléaire global, la population survivante est de 10% de la population initiale
dans l’hémisphère nord. Mais, d’une certaine manière, une partie du die-off est
« prise en charge » par les bombes et leursconséquences à court
terme.
Dans le cas d’un effondrement sociétal type « Grande
Dépression II » ou pire, « Peak Oil », le monde post-crise
pourrait nourrir bien plus de monde, mais la plupart des gens devront mourir
par eux-mêmes, de faim et de violence.
Je m’inquiète toujours lorsque je commence à écrire comme
le docteur Folamour.
Il faut aussi prendre en considération que le monde
post-crise (la « Terre du post-futur » de Mad Max 3) ne commence à
exister qu’avec la première récolte post-crise. Jusqu’à la première
consommation de cette nourriture, on est encore dans la phase de transition. Si
vous avez planté pour 20 mais qu’il n’y a de nourriture que pour 10 jusqu’aux
récoltes, 10 personnes vont devoir y passer. C’est toujours cette m’eme
logique.
Cette même logique agit à différentes échelles. La
distribution de nourriture est comparable à une récolte : si on ne
distribue de la nourriture que pour 18.000 personnes dans une ville de 20.000,
il y aura attrition.
Le début du monde post-crise peut être différé par
l’importance des désordes lors de la phase de transition :
La logique est parfois vicieuse : si des réserves
importantes de nourriture sont présentes, le processus d’attrition est différé,
retardé voire non présent. Or la terre du post-futur ne peut pas nourrir tout
ce beau monde. Vous pouvez avoir 20 familes survivalistes avec 5 ans de bouffe
à bord, si dans le Nouveau Monde post-crise la terre ne peut en nourrir que 16,
4 vont quand même devoir disparaître.
Le fait que la crise ne finit qu’avec les premières
récoltes signifie aussi qu’en cas d’hiver nucléaire, si les récoltes des deux
années consécutives sont perdues, seul celui qui a trois ans de nourriture
( !) peut espérer survivre… si tant est qu’il ait aussi assez de semences
pour repartir ( !)
Tout ceci est un petit article écrit à la va-vite.
Inutile de dire que les nations qui ont établi des réserves stratégiques de
nourriture ont des modèles bien plus élaborés, et des procédures pour répondre
à la crise. Les pouvoirs publics, s’ils oeuvrent pour le pays, auront comme
priorité d’amener le plus de gens possible de l’autre côté de la crise.
Compte-tenu de la logique de la transition, cela signife qu’il vont aussi
devoir sacrifier des populations (directement ou indirectement). Ne pas oublier
que les diverses crises alimentaires dans le Tiers-Monde sont extrêmement bien
documentées et suivies par les pouvoirs publics (et leur bras non armé, les
ONG).
Que pouvons-nous faire individuellement ?
La première chose à faire est d’avoir une compréhension
assez bonne de la situation pour
pouvoir établir le niveau de production agricole du monde post-crise, car nous
avons bien vu que tout le reste découle de cela.
On aura donc établi une estimation :
D’où l’importance extrêmement grave de garder le secret
sur ses préparatifs. J’imagine que bien des gens, mal à l’aise ou amusé par le
terme de survivalisme, en aient parlé à leurs proches. Soyez SÛRS qu’ils ne
l’oublieront pas le moment venu. C’est tout le problème de savoir si on préfère regarder
son beau-frère crever de faim ou de se battre à mort avec lui. On en est là.
Votre réserve de nourriture doit être considérée comme
limitée, finie, dès le premier jour. Vous ne pouvez pas vous permettre de
spéculer sur des distributions éventuelles de nourriture. Si elles ont lieu,
c’est un cadeau du Père Noël à chaque fois. Ayez assez de bouffe.
Quelques considérations sur la société au sens large :
En cas d’interruption brutale de livraison de nourriture
(worst-case scénario), la plupart des gens ont moins d’une semaine de
nourriture chez eux. Allez chez les gens et constatez. On peut s’attendre à des
pillages massifs dès les troisième jour, qui frapperont les commerces, les
restaurants etc.
En l’état, cela signifie qu’une grosse partie de
l’attrition aura lieu très tôt, mais sera extrêmement violente. Nous ne parlons
pas sur Olduvaï de tout ce qui concerne la violence envers les êtres humains,
mais vous pouvez vous doutez de ce qui peut arriver.
La situation n’est pas celle d’une aggression dans la
rue, c’est celle d’une émeute MASSIVE de gens n’ayant vraiment plus rien à
perdre et obsédés jusqu’à la folie par la nourriture.
Plus la population est concentrée (centre-ville, grands
ensembles) plus l’attrition sera violente et rapide.
Il n’y a JAMAIS eu dans l’histoire de précédents à
l’époque où nous vivons actuellement. Même l’Allemagne en 1945 avait la moitié
de sa population à la campagne. Les gens avaient pour habitude de stocker
naturellement de la nourriture. Nous ne sommes donc pas en mesure de réellement
imaginer ce à quoi cela va ressembler. On risque même de ne pas croire nos yeux
(et cela arrive plus fréquemment qu’on en le croit).
De là aussi l’inutilité de convaincre d’autres
gens : s’ils ne sont pas venus à ces conclusions par la logique, ils ne
feront jamais ce qu’il faudra – par contre, ils auront retenu que vous, vous
êtes préparés…
A mon humble avis, le premier danger à apparaître cela
celui de gangs criminels, pré-existants ou improvisés. Ils connaîtront une attrition
forte, mais collecteront aux passages les armes de leurs victimes, et croîtront
en expérience. Ces bandes armées peuvent acquérir rapidement une efficacité de
type militaire, et de plus, ils auront compris comme tout le monde la nécessité
de « l’attrition ».
L’armée et d’autres éléments des forces de l’ordre
peuvent tout à fait se constituer en gangs (c’est ce qui se passe dans les pays
du Tiers-Monde, la police étant un gang de plus), mais alors très bien armé et
pouvant utiliser le prétexte de la loi pour s’emparer de vos ressources (ou
pour « purger » la population)
Si 75% de la population est urbaine, en gros 75% des
policiers et militaires sont également urbains…
Incidences sur la préparation :
On peut acheté du blé sec (ou mondé) dans certains
magasins, il germe bien. Les haricots secs germent eux aussi. Ensuite, il y a
bien sûr tous les sachets de graines diverses, pour le potager.
Tout cela semble bien sombre, mais il faut bien voir que
cela a du sens dans une certaine logique.
On en discute sur le forum : Transition et attrition !
1. Captainjo Le 06/03/2008 à 10:17
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