Notions de radiodétection et de radioprotection
par Rammstein
Les mécanismes de la radioactivité sont largement méconnus de la population. Pour autant leurs effets sont dévastateurs. La probabilité de se retrouver à devoir survivre dans un environnement radioactif est certes minimale, comparée à d'autres catastrophes (inondation, tremblement de terre, incendie...), mais loin d'être nulle. Un bombardement atomique, une catastrophe dans une centrale nucléaire ou l'explosion d'une bombe sale dans une grande ville sont autant d'événements à même de confronter brutalement la population aux problèmes de la radioprotection et de la radiodétection.
Qu'entend-on par radioprotection ? La radioprotection est l'ensemble des mesures permettant de se protéger contre les rayonnements ionisants. Ces rayonnements émettent une énergie suffisante pour agir sur les atomes constituant la matière inerte ou vivante. Ils existent à l'état naturel, et sont également produit par l'homme, à une échelle sans commune mesure avec la nature.
Par radiodétection on entend l'ensemble des moyens permettant de détecter la présence de radioactivité dans un environnement donné.
Des expériences sur les animaux et des observations sur l'homme ont montré que l'organisme humain tolère une certaine dose de rayonnement sans que cela ne nuise à la santé. Mais au-delà d'un certain seuil, les dommages sur l'organisme sont irréversibles et parfois mortels. Le problème majeur, c'est que l'homme ne dispose d'aucun moyen inné pour déceler une irradiation au moment où elle se produit ou pour en apprécier l'importance : les rayonnements ne sont en effet perceptibles par aucun de nos sens et les troubles qu'ils provoquent n'apparaissent souvent qu'au bout d'un temps assez long.
Pour se protéger des rayonnements ionisants, il est donc indispensable d'adopter un certains nombre de précautions.
Selon la manière dont les rayonnements atteignent l'organisme, 2 risques différents se présentent :
- le risque d'irradiation externe,
- le risque de contamination.
Il y a irradiation externe lorsqu'une personne se trouve placée sur le trajet des rayonnements émis par des substances radioactives situées à l'extérieur du corps. Les rayonnements émis peuvent atteindre cette personne soit directement, soit après réflexion sur des parois ou des objets qu'ils rencontrent (rayonnements indirects). Une partie plus ou moins grande de l'organisme peut alors être atteinte par les rayonnements.
Il y a contamination radioactive chaque fois que des substances radioactives sont présentes dans un milieu ou au contact d'une surface où elles sont indésirables. La contamination de l'homme peut être soit externe, lorsque les substances radioactives sont déposées à la surface du corps, soit interne lorsqu'elles ont pénétré dans l'organisme.
Des substances radioactives déposées à la surface du corps, c'est-à-dire sur la peau à laquelle elles adhèrent, provoquent une irradiation de la peau. Déposées sur les mains par exemple, elles peuvent pénétrer dans l'organisme et donner lieu à une contamination interne.
Les substances radiactives peuvent pénétrer dans l'organisme de 3 manières :
- par inhalation, lorsque les substances radioactives sont en suspension dans l'air que nous respirons,
- par ingestion, lorsque les substances radioactives sont contenues dans les liquides ou les aliments que nous absorbons ou déposées sur un objet que nous portons à la bouche,
- par blessure avec un objet contaminé ou lorsque des substances radioactives viennent souiller une blessure déjà existante.
Les substances radioactives sont ensuite distribuées dans l'organisme. Elles émettent leur rayonnement à l'intérieur même du corps, qui subit de ce fait une irradiation interne. Celle-ci ne cesse que lorsque les substances radioactives ont disparu de l'organisme au bout d'un temps plus ou moins long.
Les mesures de protections contre l'irradiation et la contamination ont déjà fait l'objet d'autres fils de discussion sur Olduvai (tenue NBC, masque filtrant, bunker...). Je souhaite par conséquent insister dans ce fil de discussion sur les outils permettant de déceler une irradiation ou une contamination radioactive.
L'industrie nucléaire française a défini des doses maximales d'irradiation annuelle très précises, dont nous sommes sûrs qu'elles n'entraînent aucun dommage sur l'organisme. Ces doses sont mesurées en Sievert (Sv), sachant en outre que 1Sv = 100 Rems.
Le personnel technique opérant dans une installation nucléaire est limité à une dose de 5 Rems/an, soit 0,05 Sv/an.
Le personnel non affecté à des travaux sous rayonnements est limité à une dose de 1,5 Rem/an, soit 0,015 Sv/an.
Enfin, le public est quant à lui limité à une dose maximale de 0,5 Rem/an, soit 0,005 Sv/an.
Il est important de connaître la dose de radiations cumulée au cours de son existence : à partir d'un certain seuil en effet, les atteintes à la santé
apparaissent et les dommages peuvent devenir irréversibles et mortels (maladie des radiations, cancers, leucémie, etc).
Dans l'optique d'une guerre atomique, les services de santé de l'armée américaine ont défini un classement des irradiés selon leur degré d'irradiation. Faute d'appareil de mesure (dosimètre), le classement s'effectue selon les symptômes affectant l'irradié et son état physique, et permet de déduire ses chances de survie à plus ou moins long terme.
Catégorie 1 : de 0 à 100 Rems
Pas de symptômes apparents. Des changements de la formule sanguine se présentent mais ne se révèlent pas à un examen superficiel. Il faut toutefois prendre soin d'interroger toutes les victimes afin de déterminer leur lieu d'origine, leur proximité de région touchée et leur exposition à des aliments contaminés ou à des objets provenant de zones contaminées.
Catégorie 2 : de 100 à 200 Rems
Les effets à court terme comprennent un état de fatigue et un malaise générale. Les méfaits gastro-intestinaux peuvent comprendre des nausées et des vomissements le premier jour. On peut observer ensuite une période latente de 2 semaines au cours de laquelle les symptômes disparaissent pour réapparaître ensuite sous une forme atténuée. En règle générale, plus les symptômes sont marqués au début, plus lent est le processus de guérison. Les individus atteints de doses de radiations au niveau ci-dessus sont d'excellents candidats à la guérison.
Catégorie 3 : 200 à 600 Rems
Les individus atteints par des doses de cet ordre peuvent présenter des symptômes allant du bénin au critique. Les nausées, les vomissements, la diarrhée, le manque d'appétit, etc, sont les signes les plus évidents. Plus les symptômes sont marqués, plus on peut estimer élevée la dose de radiations absorbée. Là aussi, on peut observer une période latente d'une semaine ou peut-être seulement quelques jours. Les doses plus élevées produisent des hémorragies cutanées, des saignements dans la bouche et dans les urines, et, pour des doses supérieures à 300 Rems, une chute des
cheveux. On observe fréquemment un gonflement de la gorge. Dans des doses égales ou supérieures à 600 Rems, on peut observer de fortes fièvres persistantes ainsi qu'une forte émaciation. Dans ces cas la probabilité des décès est de 80 à 100%, il est donc conseillé aux responsables de juger de l'étendue des soins médicaux à fournir.
Catégorie 4 : 600 à 1000 Rems et plus
Les symptômes gastro-intestinaux sont les plus apparents : violents vomissements, diarrhées, nausées, prostation, ataxie (perte de contrôle moteur) et difficultés respiratoires. Les individus présentant de tels symptômes mourront fort probablement dans un délai de quelques semaines. Vous n'aurez sans doute pas l'occasion de voir des individus présentant des symptômes aussi graves. Tous les sujets arrrivant dans un état comateux ou semi-comateux devront être aussitôt remis aux autorités médicales qui se chargeront d'eux.
Un animal ou un individu fortement irradié est radioactif et présente donc un danger. La radioactivité se concentre dans les os, tandis que les particules radioactives se fixent sur la peau et surtout les cheveux ou le pelage, et se concentrent dansles abats (poumons, foie, reins, estomac, intestins...). Si l'on est contraint pour survivre de consommer de la viande, ne manger que les muscles, en laissant 2 centimètres de viande autour des os.
En aucun cas il ne faut incinérer des cadavres irradiés, car cela conduirait à disperser des particules radioactives dans l'atmosphère. Cela vaut également pour les objets (vêtements...). Les cadavres doivent être regroupés et enterrés dans des fosses communes, sur lesquelles on déversera de la chaux vive.
2 outils de mesure méritent de figurer dans la panoplie survivaliste : le compteur Geiger et le dosimètre. Ces 2 appareils sont à la base de la radiodétection.
Le compteur Geiger (à droite) permet de mesurer le taux de radiation instantanée. Au-delà d'un certain seuil, une alarme se déclanche et mieux vaut alors quitter les lieux ou s'éloigner de l'objet à l'origine du rayonnement ionisant. Un taux de radiation de 0,3 millisievert par heure (mSv/h) est le seuil communément admis, au-delà duquel il y a danger. Le modèle DRGB-90 présenté ci-après est de fabrication russe et coûte, neuf, une vingtaine d'euro sur ebay. Comme tout matériel russe,l'ergonomie est sommaire, mais c'est robuste et fiable (testé en mesurant la radioactivité naturelle). Même si vous n'êtes pas directement frappé par une quelconque catastrophe nucléaire, le comteur Geiger vous permet de contrôler des objets issus de zones irradiées.
Le dosimètre (à gauche) permet quant à lui de mesurer la dose de radiation cumulée sur une période donnée. On le trouve généralement en plusieurs exemplaires, associés à un boîtier de lecture et de mise à zéro. L'ensemble présenté ci-après est issu des stocks de l'armée allemande, et comprend une notice d'utilisation en allemand, un boîtier de lecture fonctionnant avec des piles standards, 6 dosimètres gradués jusqu'à 50 Rems, et 6 dosimètres gradués jusqu'à 500 Rems. Le tout est contenu dans un caisson blindé faisant office de cage de Faraday. Cet ensemble m'a coûté 12 euros sur ebay, et se trouve à 50 euros environ dans les magasins de surplus d'Outre-Rhin. Disposer de plusieurs dosimètres permet d'équiper chaque membre de sa famille et d'en positionner certains à des endroits stratégiques (chambre des enfants, jardin, puits, cave à vin...). Avant toute utilisation, ne pas oublier de mettre à zéro chaque dosimètre, car la radioactivité naturelle influe sur cet appareil de mesure.
Certains diront que, vue la probabilité quasi nulle qu'une catastrophe nucléaire se produise, il n'est pas nécessaire d'investir dans de tels appareils. C'est une erreur. En 1999, plus de 2900 personnes sont décédées des suites d'une exposition à des substances radioactives en France. Et la tendance est à la hausse : on estime qu'entre 3000 et 5000 personnes décèdent chaque année des suites d'une irradiation. La cause ? Le radon, un gaz radioactif naturel (le plus lourd de tous les gaz) issu de la désintégration du radium, lui même produit de la désintégration de l'uranium naturel. Le radon se trouve généralement dans les sols granitiques, typiquement dans les Alpes et en Bretagne. Mais le risque est potentiellement présent partout sur le territoire.
Le radon s'accumule dans les caves des habitations, et est à l'origine du cancer du poumon. Si vous avez une cave, si des personnes de votre entourage immédiat souffrent d'un cancer du poumon sans jamais avoir fumé, si vous vivez dans une région à risque, alors il est peut être judicieux de mesurer le taux de radioactivité de votre domicile.
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